Les actes de chasse envisageables entre homme et loup

De nombreux aspects des activités de chasse des loups ont peu été étudiés du fait de la difficulté de réaliser des observations en milieu naturel, notamment au niveau du détail des séquences comportementales. En effet, les techniques de chasse sont d’autant plus difficilement observables que les loups sont discrets, chassent souvent de nuit et dans des milieux forestiers. De plus, la plupart des informations relatives à ces prédateurs ont été collectées en hiver car les suivis sont facilités par la neige. Par opposition, en été le suivi est plus difficile.

Cependant, en fonction des caractéristiques physiques et comportementales des loups, il est possible de concevoir quels actes de chasse en coopération homme-loups sont les plus plausibles ou les plus adaptés.

Ainsi, le mode de chasse le plus caractéristique du loup est la chasse en meute. Pour ce type de chasse, une action coordonnée et des règles de vie commune bien établies sont nécessaires. Le déroulement de la chasse en meute relève d’un comportement allélomimétique, c’est-à-dire un comportement que les loups effectuent ensemble avec une certaine stimulation mutuelle et une certaine coordination.

Le type de chasse ou daction de chasse à expérimenter devra être enseigné par lexemple aux louveteaux dès leur plus jeune âge : rabatteur, traqueur au sang, chasse silencieuse,

Les épisodes de chasse sont souvent menés par un des individus alpha, ou les deux, qui décident du début et de la fin de l’activité. Une fois une proie repérée, le leader de la meute au niveau de la chasse – souvent le mâle alpha, mais pas toujours – marque une pause. Les membres de la meute se regroupent tranquillement, mais restent en alerte, humant l’air, les yeux, les oreilles et le museau pointés en direction de la proie : ils sont dans l’attente du signal de déclenchement de la poursuite. En milieu ouvert, ils peuvent procéder parfois à une sorte de « cérémonie » durant laquelle ils se tiennent truffe contre truffe en remuant la queue pendant quelques secondes, traduisant leur excitation. Puis ils se dirigent vivement en direction de la proie.

Dans le cadre d’une chasse collaborative homme-loup, l’homme aura vraisemblablement plus de chance de rallier à sa cause un individu ayant peu de tendances à la « dominance ». L’idéal serait de sélectionner un individu potentiellement actif pour la chasse mais sans tendance trop forte à la dominance. Il conviendra vraisemblablement que l’homme matérialise le début et la fin de l’acte de chasse par un signal sonore ou visuel.

 Par ailleurs, le loup est capable de chasser aussi bien en meute qu’en solitaire. En hiver, les loups chassent plutôt en meute de grosses proies. Mais en été, lorsque les loups élèvent leurs jeunes et ont besoin donc d’un apport accru de nourriture, il semble qu’ils puissent également chasser individuellement de petites proies, en paires ou en petits groupes de manière à multiplier les opportunités.

Le grand gibier est le type de proie pour lequel la collaboration homme-loup a le plus de sens. Cette chasse correspond en effet au mode de chasse naturellement effectué en meute ou en paire chez les loups, et est donc par nature la plus adaptée à une expérience de collaboration homme-loup.

 La sensation de faim fait que le loup se met en quête d’une proie et le place donc aux aguets : il parcourt son territoire et est attentif à tout signe de présence d’une proie.

Il conviendra de savoir sil est préférable de chasser avec un loup plutôt affamé, ou au moins non rassasié et donc enclin à chasser, ou bien le contraire. En effet, avec un loup affamé, il est probable que lon favorise les réactions ataviques du loup. A linverse, avec un loup rassasié on devrait favoriser les réactions acquises par lexpérience et le « dressage ».

 Les loups sont capables de détecter l’odeur d’une proie à plusieurs centaines de mètres, voire plusieurs kilomètres en fonction des conditions climatiques et du terrain.

Le loup est doté dun odorat exceptionnel, utilisable pour des actes de chasse tels que la chasse devant soit, la traque ou le pistage voire la recherche au sang. Il reste à savoir sil est possible de « créancer » un loup au sang, c’est-à-dire de spécialiser un individu dans la recherche dune proie blessée par le suivi dune piste de sang.

 Quelle que soit le type de proie, la phase d’approche se déroule selon le même schéma chez les loups : les membres de la meute s’approchent « à pas de loup ». Ils avancent vers la proie dans un trot léger, les membres légèrement fléchis, le corps proche du sol. Ils baissent la tête et le museau. Leurs oreilles sont dirigées vers l’avant.

Ils fixent la proie, les yeux grands ouverts. Tous leur sens sont en alerte. Leur posture dénote une haute concentration et les mouvements sont lents et de faible amplitude. S’ils progressent à contrevent, les loups peuvent ainsi se rapprocher très près de la proie sans la faire fuir. La phase d’approche ne cesse que lorsque les loups sont repérés par leur proie.

Les loups sont capables deffectuer une approche silencieuse coordonnée. Il reste à savoir sils peuvent pratiquer ce type dapproche coordonnée avec lhomme.

Une fois que la proie a repéré les loups, elle peut réagir de trois différentes façons : elle peut s’avancer vers les prédateurs, rester sur place ou fuir. Certaines proies de très grande taille (bison, bœuf musqué, élan) choisissent la première option et font souvent front. D’autres proies (wapiti, caribou) prennent immédiatement la fuite et ne font face que lorsqu’elles repèrent les loups trop tard pour fuir.

Dans le cas dune chasse coordonnée homme-loup dans laquelle lhomme utiliserait un arc ou une lance, le projectile pourra être tiré soit avant la phase de fuite, soit au moment où la proie fait face aux loups (dun point de vue éthique à condition que le loup ne soit pas dans le champ du tir, dautant plus que le loup court à côté de la proie et lui inflige une morsure franche et directe à la gorge ou à la nuque : il se positionne naturellement à proximité de la zone de tir à larc « cœur poumon »).

Les premières secondes de la poursuite constituent la phase d’approche précipitée. Cette phase est critique car si la proie parvient à distancer aussitôt les prédateurs, leurs chances de la rattraper sont faibles. Les prédateurs doivent donc réussir à gagner rapidement de la distance pour être en mesure d’attaquer ou de maintenir la distance.

La poursuite peut se faire selon différentes stratégies pour les loups :

1) la meute peut utiliser des rabatteurs qui vont contraindre la proie visée à se précipiter dans une embuscade (chasse en coopération) ;

Cette stratégie de poursuite laisse entrevoir l’éventualité dune chasse par rabattage vers un piège élaboré par lhomme ou bien vers des hommes en poste avec des armes de jet.

 2) elle peut pourchasser la proie jusqu’à son épuisement ;

3) elle peut encercler un troupeau et l’entraîner dans un espace ouvert où un individu proie sélectionné et isolé de son groupe pourra être attaqué. Les loups sélectionnent en général les proies les plus vulnérables, tels des individus jeunes de l’année, âgés, blessés ou malades.

Du fait de la faible endurance humaine en comparaison à celles des loups ou de leurs proies, ces deux dernières stratégies n’offrent pas de débouchées pour une chasse coopérative homme-loup.


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