Protocole d’expérimentation

1. Rappel scientifique : protocole d’expérimentation

Tout d’abord, il convient de faire un rappel relatif au protocole d’expérimentation afin de garantir une approche scientifique.

Le protocole d’expérimentation regroupe la description des conditions et du déroulement d’une expérience ou d’un test : la description doit être suffisamment claire afin que l’expérience puisse être reproduite à l’identique et le protocole doit faire l’objet d’une analyse critique pour notamment détecter d’éventuels biais.

Il existe deux types d’expériences : l’expérience isolée, et l’expérience globale.

Expérience isolée : l’expérience isolée comporte trois phases, à savoir : la préparation, l’expérimentation et l’évaluation. Dans le cas de l’expérience isolée, les deux dernières sont l’aboutissement simple de la phase qui les a précédées.

Expérience globale : une expérience globale est composée d’expériences partiellement individualisables, et comporte les trois mêmes pôles.

Cependant si dans l’expérience isolée les trois phases constituent autant d’étapes réglées chronologiquement, dans l’expérience globale il s’agit de trois registres qui interagissent en permanence.

Ainsi, l’évaluation est plus ou moins associée aux paramètres pris en compte dans la préparation. Par exemple, les résultats questionnent la méthode d’échantillonnage.

L’expérimentation doit être répétée, en fonction des deux autres phases.

De fait, la préparation se réalise autour d’une double intention :

la réussite de l’expérience, c’est-à-dire la conduite jusqu’à son terme ;

la pertinence ou le succès de l’expérience, c’est-à-dire l’accès à un résultat positif, au regard de l’objectif initial.

Chacune des intentions motivant et organisant l’expérience trouve ses limites dans au moins une forme d’incertitude : l’incertitude de base portant sur la réalisation de l’expérience est rejointe par autant d’incertitudes qu’il y a de choix possibles pour les conditions initiales.

La préparation est donc basée sur des perspectives et opérations d’anticipation, c’est-à-dire des supputations de l’expérience qui peuvent réduire l’incertitude sur tel ou tel paramètre, ou réduire le nombre d’essais. La préparation aboutit ainsi à la réunion de facteurs d’efficacité.

Dans l’expérience globale, chaque phase ne résultant pas simplement de la phase précédente, les liens entre les conditions initiales et les résultats sont affectés par une complexité qui apporte une nouvelle charge d’incertitude.

L’expérience doit faire l’objet d’une analyse critique pour notamment détecter d’éventuels biais.

Exemple : des scientifiques ont constaté le fait que les récipients en plastique utilisés pour la plupart des expérimentations biologiques « relarguaient » des additifs, dont certains sont des perturbateurs endocriniens. Même des récipients “neutres” en verre spécial peuvent modifier la forme des protéines qui entrent en contact avec les parois, ce qui peut fausser des expériences ou dégrader des processus de fabrication.

 

2. Ebauche du protocole d’expérimentation imaginé :

L’expérience proposée est une expérience globale.

Son objet est de déterminer si le loup a pu chasser avec l’homme du pléistocène (ou s’il a fallu attendre de spécialiser le loup en chien de chasse…).

Les paramètres combinatoires sont les suivants :

• avec un loup (sous espèce à préciser)
• avec un wolfdog (sous espèces à préciser)
• avec un chien de chasse (sous espèce à préciser)

• un canidé
• plusieurs canidés

• canidé(s) affamé(s)
• canidé(s) pas affamé(s)

• un humain avec l’arme adaptée
• plusieurs humains avec les armes adaptées

• la chasse à la botte ou devant soit
• la battue / l’encerclement rabattage
• le Pirsch ou chasse silencieuse

• avec recherche au sang
• sans recherche au sang

Soit 144 combinaisons !

Comme indiqué précédemment, des simplifications par « supputations » ou éléments simplificateurs provenant d’experts doivent être utilisées dans la préparation, l’expérimentation et l’évaluation.

Préparation : il conviendra de sélectionner des loups de sang pur, des wolfdogs à fort pourcentage de sang de loup de génération F3 voire F4 et dont l’hérédité ne comprend pas de sang de chien de chasse actuel.

Une sélection issue d’individus d’une sous espèce génétiquement archaïque serait idéale.

Dans le cas de loups purs en captivité, les phases de l’expérimentation seront les suivantes :

1. Observation de la meute ;
2. Contact avec la meute ;
3. Contact avec des individus sélectionnés louveteaux à sub-adultes ;
4. Sélection des individus ;
5. Education des individus (isolement partiel) ;
6. Expérimentation ;
7. Analyse critique de l’expérimentation ;
8. Mesure et analyse statistique ;
9. Echanges avec spécialistes et conclusions.

Les individus trop dominants seront écartés, ce qui ne veut pas dire qu’un loup alpha sera systématiquement écarté : l’important est de sélectionner des individus qui acceptent de laisser l’homme décider du début et de la fin de la chasse. Dans l’étude de la meute des Druides du parc de Yellowstone, il a été observé que les individus alpha cédaient souvent les commandes de la chasse, après l’avoir initiée, à une louve particulièrement douée pour cet exercice.

louveteauLes armes utilisées et l’équipement devront être analogues à ceux du paléolithique supérieur, même si les matériaux utilisés pourront être modernes dans un but de simplification. En effet, certains hommes de cette époque maîtrisaient les techniques de fabrication d’armes de jet avec les matériaux disponibles de leur époque, d’autres moins. Mais l’expérimentation ne doit pas être « perturbée » par l’aptitude de l’expérimentateur actuel à fabriquer un arc ou une lance par exemple, ou des chaussures antiques de bonne qualité !

Afin d’optimiser au maximum la préparation, on pourra réaliser au préalable des interviews de spécialistes du comportement des loups, du comportement animal et des primates et des wolfdogs.

Par ailleurs, l’idéal serait bien sûr une chasse ouverte, mais une chasse en enclos de taille importante comme à Chambord offre des avantages pratiques indéniables notamment au niveau du risque de divagation des loups et de la certitude de présence de gibier (ce dernier point permettant de supprimer un biais de l’expérimentation), le gibier devant être dans des conditions favorables pour échapper à la prédation (à la fois pour la valeur de l’expérimentation, et pour l’éthique).

Enfin, en ce qui concerne la recherche au sang, au début de l’éducation des individus le tracé de molécules odorantes devra être impérativement renforcé. Pour renforcer l’odeur lors des premiers entrainements, on aura recours à de la viande traînée (tête de chevreuil congelée, peau de cerf ou de sanglier, etc.), au verseur (une bouteille de perfusion avec goutte à goutte réglable d’un mélange de 1 litre de sang pour 2 cuillères à soupe d’acide borique et 1 cuillère de citrate de soude afin d’obtenir un mélange conservable au frais 6 à 10 mois), aux « mouchetis » (un bâton avec une éponge contenant du sang fixée au bout).

caribou

Expérimentation : il y a deux familles d’expérimentations à mener : la recherche au sang d’une proie blessée par l’homme d’une part, et la chasse coopérative complète homme-loup d’autre part.

La recherche au sang : la recherche au sang peut être réalisée, et est utile, sans que les loups aient à participer à la chasse. Des individus loups devront être créancés au sang, à l’instar des chiens « de rouge » utilisés par les chasseurs contemporains. Les chiens de sang les plus utilisés par les chasseurs sont issus des races suivantes : le Braque Allemand, le Braque Hongrois à poil court (Vizsla), le Braque Hongrois à poil dur (Drotszoru), le Braque de Weimar, le Drahtaar, le Jagdt Terrier, le Fox Terrier, le Braque Français des Pyrénées, le Labrador Retriever, l’Epagneul du Munster et de Langahaar, le St. Hubert, le Basset Artesien normand, le Griffon fauve de Bretagne, l’Epagneul Breton, le Wachtelhund (chien de caille, en Allemand).

Dans le cas d’utilisation d’un wolfdog à fort pourcentage de loup, il conviendra encore une fois que l’individu n’ait pas d’hérédité avec une de ces races.

Dans le cas de la recherche au sang, le loup ou le wolfdog utilisé sera affamé afin de le stimuler : il devra au moins être à jeun de la veille, et ne pas avoir bénéficié d’un repas abondant dans la semaine (les loups étant capable d’ingérer plusieurs kilos de nourriture en une seule prise).

Le travail de piste effectué de nos jours par des chiens de sang est le fruit d’une éducation basée sur les principes suivants :

Il s’agit de pistes froides, car lorsque l’on recherche une proie blessée il est préférable d’attendre entre une demi-heure et deux heures selon l’atteinte avant de démarrer la recherche au sang afin de ne pas engendrer une fuite désespérée mobilisant les dernières forces de l’animal. L’éducation à cet acte de chasse devra être réalisée dès le plus jeune âge, et adaptée en fonction des résultats de l’expérimentation.

• La chasse coopérative homme-loup :

La chasse à la botte ou devant soit : cette chasse sera expérimentée avec un seul loup ou wolfdog à la fois. L’individu devra être éduqué au déplacement autour de l’homme en restant à distance de vue. Dans ce type de chasse, on tentera d’exploiter le fait que les loups marquent un arrêt lorsqu’ils sont en contacts avec un très grand gibier qui ne fuit pas.

De ce fait, seule la chasse au très grand gibier fera l’objet d’une expérimentation (contrairement au gibier traditionnel des chiens pour ce type de chasse).

Il est à noter qu’il est très vraisemblable que ce trait comportemental chez le loup soit à l’origine des races de chiens d’arrêt (pointers, braques, épagneuls, setters,…).

La battue / L’encerclement rabattage : une meute de loups à l’état sauvage peut utiliser des rabatteurs qui vont contraindre la proie visée à se précipiter dans une embuscade (chasse en coopération). C’est cette faculté qui sera utilisée pour cette expérience. Un piège (sans danger pour les loups) sera posé sur la zone de rabattage afin de capturer le gibier dans un type de chasse, une autre variante étant de mobiliser des chasseurs humains dotés d’armes de jet postés en embuscade. Le grand gibier de type sanglier, chevreuil ou cerf sera privilégié pour cette expérimentation.

Le Pirsch ou chasse silencieuse : le loup étant capable d’approche silencieuse, il serait intéressant de tenter de chasser selon ce mode de chasse mais en considérant que le loup lui-même représente un arme. Dans ce type de chasse, l’homme ne serait ainsi pas toujours celui qui porterait le coup mortel. Le type de gibier pourra être de taille moyenne ou grande. Le loup devra rester au contact étroit de l’homme (une longe pourra éventuellement être utilisée), silencieux, jusqu’à ce que la proie soit repérée. Alors, en fonction de l’évaluation la situation, l’homme choisira d’utiliser un arc, ou laissera le loup de tenter une capture.

Evaluation :

Recherche au sang : afin de valider si la recherche au sang est efficace avec des loups ou des wolfdogs éduqués, et dans quelles proportions, il conviendra de se rapprocher des associations spécialisées comme l’UNUCR (Union Nationale des Utilisateurs de Chiens de Rouge) afin de comparer les statistiques de l’échantillon avec les statistiques nationales. A titre d’exemple, lors de la saison 1997/1998 sur 7813 recherches dans 59 départements, 2458 animaux ont été retrouvés pour un taux de réussites de 42% pour le cerf, 44% pour le chevreuil, 36% pour le sanglier. Si le délai d’intervention de 2 heures minimum est respecté et si l’équipe maître – chien est mise en action avant 4 heures d’attente le taux de réussite devient : 66% pour le cerf, 63% pour le chevreuil, 53% pour le sanglier. Il sera par ailleurs également intéressant de constater si certains individus présentent des qualités individuelles spécifiques à ce type d’action de chasse.

La chasse coopérative homme-loup : pour pouvoir être évaluée, l’expérimentation ébauchée dans le présent document devra être décomposée en sous phases élémentaires. Par exemple, la phase d’« arrêt » de la chasse devant soit devra faire l’objet d’une observation de la qualité de l’arrêt, de sa durée, et de la pertinence de la direction. En fonction du taux de réussite observé pour chaque phase, l’expérimentateur tentera de corriger les phases peu performantes afin de pouvoir se prononcer sur les phases suivantes dans le déroulement chronologique de la chasse.

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