De quand datent les premiers chiens ou chiens loups ?

premiers chiens

Question de Marie B. : de quand datent les premiers chiens ou chiens loups ?

Cette question passionne les scientifiques depuis des dizaines d’années. La question n’est d’ailleurs pas totalement tranchée, mais il y a un consensus.

Dans le site de Zhoukoudian en Chine du Nord, on a retrouvé des ossements mélangés d’hominidés (homo erectus) et de loups datant d’après certains auteurs de plusieurs centaines de milliers d’années (le chiffre de 400 000 ans est parfois avancé, voire 500 000 ans).

Des restes d’homo erectus et de loups datant de 300 000 ans ont été trouvés ensemble sur le site de Boxgrove dans le Kent, en Angleterre. D’autres datant de 150 000 ans ont été mis à jour à Lauzerte dans le sud de la France.

La présence au même endroit d’ossements de d’hominidés et de loups pourrait montrer l’existence d’une certaine « proximité » entre ces deux espèces très en amont. Toutefois, il n’est pas exclu que parfois l’un ait parfois été la proie de l’autre.

Les éthologues M. Schleidt and Michael D. Shalter parlent de « coévolution entre les hommes et les canidés » dans leur article datant de 2003 du journal « Cognition and Evolution ». Les premiers humains auraient appris à chasser les grandes proies selon les techniques utilisées par le loup. Puis, le chien serait apparu à la suite d’une coopération mutuelle entre les loups et les hommes, probablement Néanderthaliens compris, et à la sédentarisation de l’homme il y a 12.000 à 25.000 ans. En basant leur modèle sur l’étude du comportement du loup et sur les découvertes récentes en génétique, Schleidt and Shalter ont estimé qu’il est hautement probable que les loups et les chiens aient commencé à diverger entre 40.000 et 135.000 ans.

En effet, l’étude de Robert Wayne et de son équipe, dont Carles Vilà et Peter Savolainen, publiée le 13 juin 1997 dans la revue Science situe en effet une apparition du chien à 4 endroits distincts il y a 135.000 ans, les chiens et les loups ayant continué de se mélanger toutefois depuis cette époque.

Depuis la publication de cet article, le génome du chien a été totalement séquencé et on dénombre 9.000 générations depuis le début de la domestication, ce qui donnerait un début de la domestication du loup il y a environ 27.000 ans. Ce calcul est contredit toutefois par les études sur l’ADN mitochondrial, les plus utilisées pour dater les divergences entre espèces et sous espèces, qui elles mettent en avant une séparation entre chiens et loups il y a 40.000 à 135.000.

Aujourd’hui, le consensus généralement admis situe la domestication du loup il y a 40.000 à 50.000 ans.

Cette quasi-certitude récente de la génétique remet donc en cause les estimations précédentes issues de l’archéologie, qui dataient la domestication du loup et l’apparition du chien il y a 10.000 à 15.000 ans en général.

En effet, la découverte d’Oberkassel – faite dans une double sépulture – contenait les restes datant de 14.000 ans d’un homme assez âgé et d’une jeune femme, ainsi que les ossements d’un canidé. Les restes du canidé comportaient plusieurs vestiges dont un fragment de mandibule. Ce fragment de mandibule a d’abord été attribué durant plusieurs décennies à un loup. Elle a été par la suite à nouveau analysée, à Cologne, par Günther Nobis. Or, cette mandibule se distingue de celle des loups du paléolithique supérieur de l’Europe centrale par sa taille plus petite. De plus, les deuxième et troisième prémolaires sont manquantes, et les alvéoles correspondantes sont absentes, ce qui semble indiquer une anomalie congénitale. Deux caractéristiques de la mandibule d’Oberkassel jouent donc en faveur du statut domestique du canidé : la taille relativement petite, et la présence de modifications pathologiques.

Une autre découverte, également en Europe, rendue publique pour la première fois en 1974, provient des couches magdaléniennes (11 000 avant J.C.) de la Kniegrotte ou ” caverne du genou ” en Thuringe (Allemagne). Dans cette grotte, plusieurs ossements de canidé ont été trouvés. D’après l’archéozoologue tchécoslovaque Musil, le canidé en question se distingue encore du loup du paléolithique supérieur européen par sa petite taille, mais aussi par le resserrement des dents jugales.

Enfin, au Proche-Orient, un tout jeune canidé déposé dans la tombe d’une personne âgée dans le site natoufien d’Aïn Mallaha en Israël a été découvert. L’inhumation aurait eu lieu il y a 13 500 ans. Ce canidé est trop jeune pour que l’on puisse conclure s’il s’agissait d’un louveteau ou d’un chiot. Il souligne néanmoins les rapports affectueux qui ont pu exister entre hommes préhistoriques et jeunes animaux, et constitue un indice de domestication.

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